« 20 juillet 1880 » [source : BnF, Mss, NAF 16401, f. 194-195], transcr. Emma Antraygues et Claire Josselin, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12780, page consultée le 04 mai 2026.
Paris, 20 juillet [1880], mardi matin, 7 h.
Cher bien-aimé, je veux être la première à te fêter1 puisque je suis la première, par ordre
d’excellence, à t’aimer. C’est un droit que mon cœur s’arroge sans en demander la
permission à personne qu’à Dieu. Et je lui demande, à ce Dieu auquel je crois à
travers toi, de prolonger ta glorieuse vie jusqu’à la dernière limite possible de
la
vie humaine en t’accordant la grâce de voir à l’âge d’homme ton cher petit Georges et celle de bénir la Jeanne de ta Jeanne. J’espère qu’il exaucera ma
prière que je lui renouvelle tous les jours en lui offrant d’ajouter à tes précieux
jours tous ceux qu’il voudrait encore m’accorder à moi-même.
Je regrette que
notre cher Paul Meurice ne soit pas des
nôtres aujourd’hui. Il faudra tâcher de combler cette lacune inattendue, non par un
autre ami, car il n’y en a pas qui puisse lui être comparé, mais par un redoublement
de tendresse, d’admiration et de vénération de nos propres cœurs qui ne demandent
pas
mieux que d’épancher ce qui les déborde. Je profite de cette occasion, ta fête, pour
faire remettre en ordre le grand lustre du salon et faire nettoyer à fond la
bibliothèque et les deux vérandasa
du jardin. Le mari de Virginie doit l’aider
à cette besogne ainsi que le citoyen Colbeau, l’ami de Georges. J’espère que tous2 les
aides viendront à bout de ce supplément de besogne d’ici à ce soir et que nous aurons
une maison digne de la circonstance. Quant à moi, en qualité de mouche du coche, je
fais tout ce qui concerne mon état sans compter la cinquième roue que j’ajoute à ton
carrosse sans aucun résultat appréciable que celui de mon amour qui est, je l’espère,
prouvé, prouvé, prouvé… prouvé !
[Adresse]
Monsieur Victor Hugo
1 Fête patronale de Victor Hugo.
2 On n’a pas corrigé, pour respecter le sens : « tous les hommes qui aident ».
a « verandahs ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
l’amnistie des Communards est enfin votée, et la fête nationale, fixée le 14 juillet, fonde la République sur la Révolution Française
- AvrilReligion et religions.
- 24 octobreL’Âne.
